EMPLOI DES JEUNES: quel avenir nous proposent-ils ?

Revendications des Jeunes CSC

Contrer le chômage des jeunes, c’est possible, et urgent !

Tous les partis s’accordent à dire qu’il faut combattre le chômage des jeunes. Avec les Jeunes CSC, nous en faisons notre priorité n°1. Nous comptons 600 000 chômeurs en Belgique, dont 140 000 jeunes. En Wallonie et à Bruxelles, le chômage des jeunes est respectivement de 25 et 33%. Nos 4 priorités sont :

1. Evaluer les plans d’embauche

Nous ne voulons pas d’une 126ème, 127ème ou 128ème mesure d’aide à l’emploi, toutes plus compliquées, spécifiques et incompréhensibles les unes que les autres. Il faut une harmonisation et une clarification des aides à l’emploi. Un inventaire et une évaluation chiffrée de la création nette d’emploi est primordiale. Le premier critère d’évaluation doit être le ratio : nombre d’emplois pérennes créés / coût pour la collectivité.

2. Une mesure spécifique pour aider la mise à l’emploi des jeunes peu qualifiés

Si aucune couche sociale n’est à l’abri du chômage, les jeunes peu qualifiés (sans CESS ou sans diplôme de 3ème) sont ceux qui auront le plus de mal à se faire engager. L’effet de surqualification fait que celui du dessus écrase celui du dessous pour accéder à l’emploi (pression du chômage). Des mesures d’aide à l’embauche pour les groupes à risques (comme les jeunes peu qualifiés) nous paraissent donc nécessaires pour valoriser les jeunes en difficulté.

Ces aides à l’emploi doivent être conditionnées légalement à l’embauche en CDI du jeune, sous peine d’obligation de remboursement et de sanction financière.

Dans notre dossier, nous avons choisi l’angle des propositions en matière d’emploi des jeunes. Nous n’avons pas pu aborder l’important chantier de la formation des jeunes peu qualifiés. Il faut investir des moyens pour former les jeunes. Mais s’il faut renforcer l’école et lutter contre le décrochage scolaire, ce n’est pas en marchandisant l’enseignement que l’on combattra durablement le chômage des jeunes. Pour autant, les jeunes de la « génération sacrifiée » n’ont pas le temps d’attendre un changement de long terme dans l’enseignement, des réponses doivent être mise en place après le 25 mai.

3. La réduction collective du temps de travail

C’est la piste que nous privilégions pour nous permettre à tous de mieux vivre. Réduire le temps de travail coûte autant que les cadeaux fiscaux aux entreprises !

Entre 1980 et 2010, la productivité s'est accrue de 57% (soit +1,5% par an), alors que le temps de travail n'a baissé que de 8% (soit -0,3% par an) ! En Belgique, en 1980, on travaillait en moyenne 40 heures par semaine. Aujourd’hui, c’est 36,8 heures par semaine. Si l’augmentation de la productivité avait été intégralement consacrée à la réduction du temps de travail, nous n’en aurions en moyenne plus que pour 25,47 heures par semaine.

Le choix n’est pas obligatoirement porté sur la RCTT, les augmentations de salaire sont évidemment une nécessité également. Le PIB belge est passé de 100 milliards d’euros en 3

1980 pour arriver aux alentours de 400 milliards en 2010. Par habitant, il est passé de 10 223 € à 37 828€ en 2010 et 39 788€ en 2012. En parité de pouvoir d’achat et à dollars constants, c’est une croissance de 57% en 32 ans. La part de nos salaires dans le PIB est passée dans le même temps de 74 à 61%1. On nous a donc en partie confisqué nos gains de productivité.

1 http://www.docufin.fgov.be/intersalgfr/thema/publicaties/documenta/2009/...

Répartir le temps de travail équitablement c’est refuser de repousser l’âge de la pension pour donner un emploi aux jeunes ! Pour que l’augmentation de la productivité ne soit pas source d’une augmentation du stress au travail mais d’une réelle amélioration de notre qualité de vie, renversons la tendance !

4. Activer 23 milliards d’euros du monde du capital en rendant la fiscalité plus juste.

Une fiscalité plus juste doit permettre de dégager des moyens pour créer de l’emploi dans les services publics, pour solidifier la sécurité sociale et pour encourager la création d’emploi privé pérenne. Dans cette campagne électorale, nous soutenons donc de nouvelles rentrées fiscales ;

o Par la suppression des intérêts notionnels (3 milliards d’euros)

o Par l’instauration d’un impôt sur les grosses fortunes (6 milliards d’euros)

o Par la lutte contre la fraude fiscale (14 milliards d’euros).

Mais aussi !

- Nous voulons que les jeunes se voient proposer après 6 mois en stage d’insertion un contrat, et à défaut, un stage ou une formation avec garantie de création d’emploi pérenne (conditionnalité)

- Suppression de la mesure fédérale des « stages de transition ». Sans processus formatif et sans obligation d’embauche, ces stages sont des CDD déguisés low-cost pour l’entreprise.

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Les partis sous la loupe !

Ces élections sont l’occasion pour les Jeunes CSC de mettre en avant leur préoccupation principale : l’emploi des jeunes. Après avoir analysé en profondeur les programmes de différents partis, NOUS APPELONS A VOTER POUR LA SOLIDARITE ! Aucun parti ne rencontre complètement nos revendications et ce dossier n’est donc en AUCUN CAS une consigne de vote. D’autres sujets sont déterminants dans le choix de l’électeur (fiscalité, environnement, sécurité, pandas, avions,…) et rentrent en compte dans le choix personnel de l’électeur. Nous n’avons choisi qu’un seul de ces aspects : l’emploi des jeunes.

A l’étude, les propositions d’Ecolo et du PTB ouvrent des perspectives pour créer de l’emploi pour les jeunes. Nos préoccupations sur la répartition du temps de travail, sur le renforcement du service public et sur la fiscalité juste sont rencontrées de manière satisfaisante. Ces deux partis sont également ceux qui veulent revenir sans concession sur les mesures chômage. Mais il reste des améliorations sérieuses à faire. Le PTB ne présente en effet pas de proposition spécifique jeune et Ecolo ne propose que du mi-temps aux jeunes avec son « contrat jeune » et son « Plan Tandem ».

Le CDH se démarque par une proposition ambitieuse pour l’emploi des jeunes spécifiquement pour laquelle nous sommes ouverts à la discussion. Mais nous voulons que cette mesure soit conditionnée à l’embauche en CDI du jeune et il faut s’assurer qu’elle n’aura pour effet l’éviction des travailleurs âgés.

Le PS a une proposition beaucoup trop modeste et insatisfaisante pour l’emploi des jeunes. Ses propositions en matière de fiscalité sont trop faibles pour rencontrer les besoins en financement des mesures que nous avançons.

Le MR ne rencontre pas nos préoccupations. Le tout à la réduction du « coût salarial » et à la mise en concurrence, le recul de l’âge de la retraite sont autant de points que nous ne pouvons cautionner.

Vous pouvez trouver l’étude des propositions des partis dans la note ci-dessous. 5

« EMPLOI DES JEUNES » - Quel avenir nous proposent-ils ?

Dossier coordonné par Ludovic Voet, pour les Jeunes CSC

Un chômage des jeunes explosif

Le chômage des jeunes en Belgique est en augmentation constante. Comment pourrait-il en être autrement alors que le gouvernement et l’Europe néolibérale a allongé les carrières et retardé le départ à la pension ?

Le chômage des jeunes est de 33% à Bruxelles, 25% en Wallonie. . Cette réalité socio-économique est amplifiée par les mesures du gouvernement (limitation dans le temps des allocations d’insertion, contrôle renforcé, dégressivité accrue,…. Ces mesures sont les bâtons utilisés pour mettre les jeunes au travail. La carotte c’est l’emploi. Mais cet emploi est très mal réparti. Et les politiques semblent renoncer à en créer de nouveaux.

La garantie jeunesse ? Précarité garantie !

A l’UE, les syndicats ont obtenu que ce chômage des jeunes deviennent une priorité politique et que des moyens soient consacrés à endiguer ce problème. La Garantie Jeunesse en est la concrétisation. Elle consacre l’obligation pour les Etats-membres de proposer aux jeunes demandeurs d’emploi un emploi, un stage ou une formation dans un délai de 4 mois après leur entrée dans le monde du travail. Toutefois, lorsqu’il s’agit d’appliquer ces mesures positives sur le terrain, force est de constater que nos gouvernements s’obstinent à privilégier des mesures à court terme, économiquement inefficaces, socialement injustes et idéologiquement marquées. Les différentes mesures d’austérité, d’inspiration néo-libérales, ne créent que du dumping social, pas un seul emploi. Et dans le cas de la Belgique, on ne va pas dans le sens de la création d’emploi de qualité, mais vers la subsidiation d’emploi low-cost pour les entreprises.

Programme des partis : 4 clés pour les décrypter

Ce non-emploi des jeunes, les partis ne peuvent plus le nier, et encore moins en période électorale. Nous nous proposons donc de décrypter le programme et les promesses de 5 partis pour voir les perspectives qu’ils offrent aux jeunes avec ou sans emploi.

Nous réfutons le point de départ qui est de dire que les jeunes ne sont pas correctement qualifiés pour les postes d’emploi. Quand il y a en Belgique 1 offre d’emploi pour 29 demandeurs, c’est l’emploi qui manque et non la motivation. Mais le manque d’emploi démotive. Et le gouvernement sanctionne !

Nous allons nous poser 4 questions :

- les propositions en matière d’emploi des jeunes ne sont pas dissociables de la politique d’emploi global. Il existe évidemment des « groupes à risques » (jeunes, ainés, femmes…Mais une action vers un de ces groupes a des implications sur le volume d’emploi global. Nous sommes donc attentifs à ce que les mesures

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proposées n’aggravent pas la compétition entre les travailleurs ou répartissent mieux le temps de travail disponible entre tous.

- Les mesures proposés par les partis coûtent de l’argent, et ont donc un impact sur les finances publiques. Comment ces propositions sont-elles financées ? Va-t-on sacrifier la sécurité sociale pour ce faire ? Ou va-t-on les financer avec des rentrées supplémentaires ? Les besoins sociaux sont énormes et il n’est pas l’heure de baisser les rentrées de l’Etat par l’impôt redistributif. Une meilleure répartition des richesses via l’impôt, oui ! Des baisses d’impôts pour détruire la sécurité sociale, non ! Nous n’avons aucun tabou à investir de l’argent pour la création d’emploi mais il faut être clair sur le retour sur l’investissement de l’Etat.

- Les mesures sont-elles ambitieuses pour réellement résoudre le problème ou a-t-on affaire à une mesure symbolique ?

- Les mesures vont-elles dans le sens d’un renforcement d’un secteur public fort ou vers la subsidiation au profit du secteur privé ?

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1. Le Mouvement Réformateur (MR)

Le chômage des jeunes est selon le MR un problème de formation initiale des jeunes. Trop de jeunes sortent des études sans diplôme et ce handicap a des conséquences sur les chances de décrocher un emploi. Le MR utilise ce constat pour plaider pour une généralisation des formations aux portes de l’entreprise. Selon nous, s’il faut renforcer l’école et lutter contre le décrochage scolaire, ce n’est pas en marchandisant l’enseignement que l’on combattra durablement le chômage des jeunes.

Le MR pointe le coût salarial qui serait exorbitant en Wallonie et à Bruxelles par rapport à la productivité de la main-d’oeuvre. Nous savons qu’il n’en est rien puisque depuis 1980, la productivité a augmenté de 57% par rapport à l’augmentation de la richesse produite. Il ne pointe par contre pas les employeurs qui ne respectent pas leur obligation légale de consacrer 1,9% de leur masse salariale à la formation de leurs travailleurs. Le MR préfère que l’école et le service public le fassent à leur place.

Le MR veut créer 30 000 nouveaux jobs en Wallonie chaque année. Dans le contexte économique de pertes d’emploi, cela compense peu les effets de la crise économique et financière. Présenté comme un objectif ambitieux, le MR semble oublier les 600 000 chômeurs dont près de 140 000 jeunes.

Pas de propositions concrètes en vue de créer des emplois.

Est-ce en diminuant les taux d’imposition des sociétés (ISOC) que les entreprises engageront ? Est-ce en continuant à arroser les grandes entreprises par les intérêts notionnels que nous créerons de l’emploi ? Est-ce en diminuant le coût salarial qu’automatiquement les entreprises embaucheront ?

Le MR veut mettre en oeuvre le programme européen de la « Garantie Jeunesse ». Mais alors qu’ils prétendent proposer « un emploi, un stage ou une formation » comme le préconise l’UE, le MR oublie l’emploi pour ne proposer que des stages et des formations, sans garantie que ceux-ci débouchent sur un emploi stable et décent.

Exploiter à fond les stages de transition

Le MR propose d’utiliser à fond les outils existants comme les stages de transition (qu’ils appellent stages d’insertion) avec l’argent venant de l’Union Européenne. Ils regrettent que les 3900 et 1650 places de stages prévues pour la Wallonie et pour Bruxelles n’aient toujours pas été activées.

Il s’agit donc d’utiliser à fond une mesure qui met à disposition les jeunes à temps plein dans l’entreprise pour 200€par mois ! Les stages de transition ne forment pas à un métier et donnent peu de perspectives aux jeunes. Ce n’est rien d’autre :

1. qu’un contrat à durée déterminée de 3 à 6 mois

2. low-cost pour l’entreprise (200€par mois)

3. payé en grande partie par nos impôts (680€payé par l’ONEM)

4. le tout sans ouverture de droits sociaux pour le jeune (sécurité sociale) ?

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On peut évidemment se demander combien des 5550 francophones qui suivront ces stages de transition se verront proposer un emploi durable par la suite ? Combien seront remplacés directement par un autre jeune qui rentre dans les mêmes conditions avantageuses pour l’entreprise ?

Comme la situation économique reste morose, engager le jeune à la fin du stage ne risque pas de rapporter suffisamment. Pas de quoi passer de 200€par mois en stage de transition à 2000€salaires et cotisations sociales comprises.

Réduction de cotisations sociales pour les employeurs.

Donc l’astuce du MR, c’est d’aider encore les entreprises. Pour les entreprises qui garderaient le jeune stagiaire en lui proposant un CDI, le MR propose une réduction de cotisations sociales. C’est mettre en concurrence les travailleurs.

Le jeune coûtera en 6 mois 1 200€à l’entreprise et 4000€à la collectivité alors qu’un travailleur lui coûte minimum 12 075€(revenu mensuel minimum moyen garanti de 1501,82€x 6 mois + 34% de cotisations sociales patronales) de rémunérations salariales.

Et s’il reçoit un CDI, le jeune lui coûtera également moins cher. Pour la collectivité, la baisse des coûts salariaux engendrera des pertes au niveau des rentrées dans les caisses de l’Etat. Une aide qui par ailleurs n’est pas chiffrée dans le programme du MR ! Le MR propose également de soutenir les PME dans les « zones franches » (régions wallonnes défavorisés socio–économiquement) qui engageraient un jeune travailleur. Une avalanche de réductions de cotisations qui devrait faire mal à la collectivité et au financement des besoins sociaux.

Tout pour le privé, aux poubelles les besoins sociaux !

Evidemment, seul le secteur privé trouve grâce dans le programme du MR. Les services publics, eux, trinqueront. Et comment pourrait-il en être autrement si vous proposez 5 milliards de réductions d’impôts et des mesures de subsidiation des entreprises privées ? Cet argent-là ne pourra plus être investi ailleurs, dans les soins de santé, dans l’enseignement, dans les services publics !

Retardons les fins de carrière, non à la réduction du temps de travail

Avec le vieillissement de la population, le MR a obtenu la suppression complète du régime des prépensions et veut encore retarder à 67 ans minimum l’âge de la retraite. C’est l’opposé de la piste de la réduction collective du temps de travail. Si les travailleurs ainés restent plus longtemps au travail, il n’y a pas d’emplois disponibles pour les plus jeunes dont le taux de chômage explose. Ce qui les met en condition d’accepter n’importe quel mini-job précaire ! 9

2. Le Parti Socialiste

Nous sommes la Garantie pour la Jeunesse !

Le « plan Magnette pour l’emploi des jeunes » ! Sorti en grande pompe dans la presse, le PS pointe ce problème comme enjeu prioritaire. Dans sa communication, le PS se décrète la paternité de la « Garantie Jeunesse » pourtant décidée à l’échelle européenne.

Dans son programme, le PS écrit : « Si, après 4 mois, un jeune n’est pas parvenu à décrocher un contrat de travail, un stage ou une formation pratique lui sera proposé». Le PS oublie bien vite que le premier objectif de la garantie jeunesse est la proposition d’un emploi dans les 4 mois de l’inscription comme demandeur d’emploi. Le stage ou la formation ne doivent pas être un passage obligé pour trouver un emploi. L’accompagnement individualisé du FOREM devrait permettre de cibler le public jeune non-qualifié pour proposer le parcours adéquat. En fait, ce que l’on décèle dans le programme du PS, c’est la conception que les pouvoirs publics n’ont pas la responsabilité de la pénurie d’emploi et du taux de chômage alarmant.

C’est à Bruxelles que Laurette Onkelinx a le plus concrétisé l’offre PS : sur les 12000 jeunes qui arrivent chaque année à Actiris, 6000 trouvent dans les 6 premiers mois, il faut donc s’occuper des 6000 autres. Et le PS fait le choix de leur proposer 3000 formations et 2000 stages après 6 mois et finalement 1000 emplois après 18 mois. « Si, après 18 mois, malgré les stages et les formations et malgré des efforts de recherche d’emploi jugés positivement, un jeune ne parvient toujours pas à décrocher un emploi, il lui sera proposé un véritable contrat de travail d’un an, un « contrat d’insertion » ».

« Malgré des efforts de recherche d’emploi jugés positivement » ! Parmi ces 6000 jeunes, les statistiques font penser qu’avec les évaluations de recherche d’emploi du 7ème et 11ème mois du stage d’insertion, la moitié en ressortira sanctionné d’un report de 6 mois minimum d’allocations d’insertion. Le gouvernement Di Rupo Ier a budgété 61,4 millions d’économies sur ces évaluations. Alors que c’est l’emploi et non le jeune qui n’est pas disponible, chaque jeune n’aura pas l’opportunité de se voir proposer un contrat.

Attends 18 mois puis on s’occupera de toi !

Ce contrat d’un an « Magnette–Onkelinx », pourquoi ne le proposer qu’après 18 mois ? Si on sait le créer, pourquoi ne pas le proposer dans les premiers mois du stage d’insertion pour sortir le jeune de la précarité et de la spirale de l’échec dans la recherche d’emploi ? Un CDD d’un an de qualité, qui n’en rêverait pas ?

L’élément principal est financier. Le gouvernement Di Rupo a repoussé le stage d’attente de 9 mois en stage d’insertion de 12 mois. L’argent qu’il a économisé, il ne va pas le redonner. Et si l’on attend 18 mois, beaucoup moins de jeune entreront en ligne de compte (à cause des sanctions).

Et à l’issue de ce contrat, l’employeur qui engagera le jeune dans un autre contrat pourra bénéficier également d’aides financières pour « alléger la charge financière de l’engagement du jeune » à la charge de la collectivité. Où le PS fixe-t-il la limite dans la subsidiation d’emploi ? 10

Un emploi de qualité, vraiment ?

Ce « contrat d’insertion » d’un an, le PS compte les créer sur la base des articles 60 et 61 utilisés par les CPAS. Cela relativise directement la communication en grande pompe du PS sur un vrai contrat.

Les statistiques de remise à l’emploi durable dans le cadre des articles 60 et 61 concernerait seulement 20% des bénéficiaires. Les travailleurs sont souvent démotivés par le fait qu’ils travaillent dans les mêmes conditions que les autres travailleurs de l’entreprise sans être rémunérés au même salaire, bafouant ainsi le principe « A travail égal, salaire égal ».

Ouverture des droits au chômage

Ce qu’on ne peut pas reprocher au PS, c’est d’assurer le droit au chômage à ces jeunes qui travailleront un an. Et de trouver toutes les petites astuces pour allonger le droit aux allocations d’insertion en cas de petit travail, etc…Ce bricolage protège une partie des jeunes (« ceux qui cherchent vraiment ») un peu plus longtemps avant la machine à exclusion.

Un plan peu ambitieux, bizarre pour une « préoccupation première ».

Le PS le budgète à 60 millions d’euros et le présente presque comme un plan révolutionnaire pour booster l’emploi des jeunes. Ça parait être la Rolex de la communication, mais on n’a droit qu’à une simple contrefaçon ! En comptant un coût salarial de 15 000 euros par an au salaire minimum sectoriel, le PS financerait donc environ 4 000 jobs pour…140 000 jeunes au chômage ! Pourtant, ses propositions en faveur d’une fiscalité plus juste devraient permettre de financer des politiques plus ambitieuses.

La rhétorique paraît bonne quand le PS dénonce les aides à l’emploi moins liées à la création d’emploi qu’à son maintien en disant « il s’agit davantage de leviers visant à réduire le coût du travail que d’outils d’insertion ». Si l’analyse paraît intéressante et qu’il faut en effet éliminer les effets d’aubaine, les promesses paraissent faibles.

Pas de réduction collective du temps de travail !

Alors que le Mouvement des Jeunes Socialistes avançait sa proposition de baisser à 32 heures par semaine le temps de travail, le PS n’avance aucune revendication en ce sens. Il a d’ailleurs allongé le temps de travail pour tout le monde quand il a voté avec ses partenaires de gouvernement en 2011 pour la suppression des prépensions. En fouillant bien dans le programme du PS, on trouve tout de même une mention invitant à « accroitre le soutien aux entreprises qui expérimentent les formes volontaires et négociées de réduction collective du temps de travail ». 11

3. Le centre démocrate Humaniste (cdH)

Au CDH comme au MR, c’est la formation du travailleur qui est en inadéquation avec « les exigences requises du monde de l’entreprise ». Pour y remédier, les humanistes veulent créer 30 000 places de stages en entreprises en Wallonie et à Bruxelles, mettant l’accent sur les stages de transition low-cost pour les entreprises.

Egalement, le cdH demande une plus grande cohérence dans l’application de la garantie jeunesse. Proposer un stage à 4 mois alors qu’il ne peut pas être commencé avant le 6ème mois du stage d’insertion n’a pas de sens. Le cdH demande que l’emploi, le stage ou la formation soit effectif dès le 4ème mois. N’empêche, si le jeune doit se résigner à un stage après 4 mois par manque d’opportunités, quelle entreprise va encore engager en CDD/CDI dans les 3 premiers mois ?

Cotisations réduites en début de parcours

Une spécificité du cdH est de proposer une mesure d’activation spécifiquement pour les jeunes peu qualifiés (disposant au maximum du CESS) de 700 à 1000 euros par mois pendant 24 mois dégressive ensuite pendant les 24 mois suivants, dans l’objectif d’arriver plus doucement à la cotisation patronale pleine pour l’employeur. Par la proposition de regrouper également les aides à l’emploi similaires pour les rendre plus lisibles, le cdH rationnalise et simplifie l’embauche de jeunes par l’employeur.

Pour les jeunes qui entament leur première expérience professionnelle, le cdH propose de réduire à 0% les cotisations sociales patronales sur la première année de contrat, et ensuite de les remonter la 2ème et 3ème année pour atteindre le taux d’imposition normal en 4ème année. Si le contrat est interrompu, le jeune « porte » le reste de son crédit pour son prochain emploi. Ce qui n’est pas sans risque. Un effet d’aubaine est possible : ce n’est pas l’entreprise qui se voit limiter dans le temps le bénéfice à la cotisation patronale. Nous pouvons soutenir des aides ciblées pour embaucher des jeunes peu qualifiés, si et seulement si ces aides sont conditionnés à l’obtention du CDI. Sinon, ce sera comme toujours des effets d’aubaine pour les employeurs et la mise en concurrence déloyale entre travailleurs.

Aide à l’embauche OK, mais avec un vrai contrat à la clé !

En effet, avec le programme du cdH, on risque d’assister à une précarisation du statut du demandeur d’emploi. Dans le plan PFI par exemple, un employeur aidé pendant 6 mois pour engager un travailleur doit ensuite lui faire signer un CDD de 6 mois. Les cas sont légions de licenciement au 5ème mois, mais le dispositif assurait un minimum la pérennité du contrat du jeune, même si c’était au frais de la collectivité pour la majorité de la rémunération. 12

En 2013, en défendant la formation alternée pour les demandeurs d’emploi (6 mois de stage de transition + 12 mois de formation alternée IFAPME – Entreprise), le ministre Antoine vantait l’avantage pour l’employeur de ne pas devoir obligatoirement réengager le jeune pendant 12 mois après les 6 mois de stage initiaux. Les Jeunes CSC sont résolument contre ce type de projet. Nous pouvons soutenir des aides à l’emploi ciblées sur des groupes à risques, ici les jeunes précarisés. Mais ces aides à l’emploi doivent être attribués à la seule condition de la signature d’un CDI à la fin de la période de subvention. Des réductions de cotisations sociales, pourquoi pas, mais pas sans garantie de création d’emploi pérenne !

Et financièrement ?

Il est à noter que cette proposition est l’une des plus ambitieuses (des partis traditionnels) en matière d’aide à la création d’emploi (pas en création d’emploi) pour les jeunes. Elle est chiffrée à 351 millions d’euros par an. Bien plus que les 60 millions de la proposition Magnette (PS). Nous ne disposons pas des chiffres du cdH, mais en estimant un coût de cotisations sociales patronales de 500 euros par mois en début de carrière et en comptant que les deux années suivantes reviennent à 500 euros par mois cumulés, on arrive à un coût pour la collectivité de 12000 euros par jeune sur 3 ans, soit plus de 30 000 jeunes pouvant bénéficier de cette mesure.

Répartition du temps de travail, un choix individuel pour le cdH

Car ces emplois, s’ils sont effectivement créés en fin de subvention par les pouvoirs publics, vont-ils être de nouveaux emplois ou auront-ils un effet d’éviction des travailleurs âgés ? Le cdH ne veut pas entendre parler de réduction collective du temps de travail. Seuls des aménagements de carrière (crédit-temps, congé parental) sont à l’ordre du jour pour permettre aux travailleuses et aux travailleurs de concilier leur travail avec leur vie familiale, même si cela engendre des pertes de revenus.

Financé par une suppression des intérêts notionnels ?

Le réforme fiscale du cdH prévoit de financer ces baisses de charges par une suppression entre autres des intérêts notionnels (mais en 5 ans). En consacrant 2,6 milliards à la baisse des coûts du travail ainsi qu’en réduisant l’impôt sur les sociétés à 30% maintenant, et à court terme à 25%, c’est d’une réforme fiscale pour alléger le poids sur les épaules des entreprises qu’il s’agit. Si c’est d’un transfert de multinationales vers la pérennisation de PME, pourquoi pas ? Mais il n’est pas question pour nous de toucher à la sécurité sociale et aux investissements dans les services publics. 13

4. Le Parti du Travail de Belgique (PTB)

Les « emplois relais »

La mesure-phare du PTB concernant l’emploi est la mise en place d’emploi-relai. Le principe est de réintroduire le droit à la prépension à 58 ans (après 38 ans de carrière) pour tous les travailleurs qui devraient être remplacés obligatoirement par des jeunes comme dans le dispositif du « Maribel social ». Le PTB ne chiffre pas le nombre d’emplois jeunes que cela pourrait concerner. On parle ici d’un départ volontaire. Dès, lors il est difficile de chiffrer. Le PTB veut donc une répartition du travail entre les générations. Cela dénote du discours dominant du MR, PS et du CDH.

Concernant la répartition du temps de travail, c’est donc sur le refus de l’allongement du temps de carrière que le PTB se distingue des autres partis. Concernant la réduction collective du temps de travail, le PTB dit rejoindre la revendication des Jeunes CSC mais ne la présente ni ne la revendique dans son programme. Le 26 mai, ce ne sera donc pas non plus, comme les autres partis, sa priorité.

Création de 100000 emplois dans le secteur public

Par la suppression des intérêts notionnels (6 milliards d’euros) et la levée d’un impôt sur les grosses fortunes (« taxe des millionnaires » chiffrée à 8 milliards), le PTB veut renforcer la sécurité sociale et les services publics à hauteur de 14 milliards d’euros. En consacrant 3 milliards de ce paquet fiscal à la création d’emplois dans les services publics, le PTB espère créer 100 000 emplois. C’est ambitieux mais est-ce suffisant pour un parti qui prétend vouloir « combattre le chômage, pas les chômeurs » ? Les sans-emploi sont plus de 600000 en Belgique, dont 140000 jeunes.

Et les jeunes peu qualifiés dans tout ça ?

Cette proposition de création d’emploi public ne sera évidemment pas destinée exclusivement aux jeunes. Le PTB manque d’une mesure spécifique pour les jeunes peu qualifiés. Si aucune couche sociale n’est à l’abri du chômage, c’est avant tout ce public qui entre dans la précarité et a beaucoup de mal à accéder à l’emploi. Les jeunes peu qualifiés (sans CESS ou sans diplôme de 3ème) sont ceux qui auront le plus de mal à se faire engager. La création d’emploi n’empêchera pas l’ « effet Heysel » de se produire. L’effet de surqualification fait que celui du dessus écrase celui du dessous pour accéder à l’emploi (pression du chômage). Des mesures d’aide à l’embauche pour les groupes à risques (comme les jeunes peu qualifiés) nous paraissent donc nécessaires pour valoriser les jeunes en difficulté. Evidemment, le point de départ pour résoudre ce problème réside dans l’enseignement et il faut y travailler, mais les jeunes de la « génération sacrifiée » n’ont pas le temps d’attendre un changement de long terme dans l’enseignement.

Le programme du PTB est ambitieux sur le long terme et implique une réinsertion pour plus de 100 000 personnes dans le monde du travail. Mais il ne contient pas de mesure prêt-à-l’emploi pour endiguer rapidement le chômage des jeunes du 25% en Wallonie et de 33% à Bruxelles. 14

5. Ecolo

Un contrat jeune !

Ecolo propose d’instaurer un « contrat jeune » pour tous les jeunes de 18 à 25 ans sortis de l’école, pour leur permettre de vivre une première expérience professionnelle utile. Il remplacerait le stage d’insertion professionnelle en fournissant au jeune qui le souhaite un emploi de 6 mois (renouvelable une fois).

Ce contrat a pas mal d’avantages :

1. Il financerait exclusivement des contrats dans le secteur public

2. Il intègre une démarche de proximité et d’utilité sociale et sociétale (communes, CPAS, secteur non marchand).

3. Il permet au jeune de concilier première expérience (à mi-temps) et recherche d’emploi ou formation (à mi-temps)

4. Il ouvrirait le droit aux allocations d’insertion

5. Il serait rémunéré au salaire minimum garanti et subsidié par les pouvoirs publics.

Par contre, le programme d’Ecolo ne dit pas si cette période de travail sera assimilable pour prouver l’exercice d’un travail dans le cadre de la demande des allocations de chômage. Nous trouvons cette démarche bénéfique pour le jeune car elle lui permette d’être actif dès sa sortie de l’école. Elle ne l’enferme pas dans la spirale de l’inactivité. Et si le jeune trouve un autre emploi qui lui convient, il peut quitter le contrat jeune en question. Par contre, cette mesure ne coûte « que » 90 millions d’euros. Avec un salaire à mi-temps pendant 6 mois, cela permettrait d’aider entre 15 000 et 20 000 jeunes.

Dans le secteur public !

En subsidiant ces « emplois » à durée déterminée dans le service public, l’Etat renforce et refinance indirectement le service public qui emploiera ces jeunes. Ecolo dénote ici des partis traditionnels en consacrant l’argent des contribuables à la création d’emploi subsidié dans le secteur public, et donc qui leur revient directement par une amélioration du service au public. Les politiques menées ces dernières années ont trop souvent été des fuites en avant de deniers publics, finançant des entreprises privées qui n’en ont pas besoin.

Répartition du temps de travail et plan Tandem

Ecolo met au centre de son programme la question du partage du travail disponible. Partant du même constat que nous d’une répartition inégale du temps de travail (près d’une femme sur deux à temps partiel pour 10% des hommes ; 1 demandeur d’emploi sur cinq a moins de 25 ans et 1 autre a plus de 50 ans), Ecolo prône une prise en compte collective de ce problème contre les choix très individuels du cdH ou du MR

Le parti écologiste propose la généralisation du Plan Tandem à l’ensemble des secteurs économiques. Ce plan permet à un travailleur âgé d’alléger sa charge de travail pendant qu’un jeune est engagé à sa place. Si 20% des travailleurs âgés saisissent l’opportunité, ce sont 100 000 travailleurs qui réduiraient leur temps de travail à mi-temps permettant ainsi 15

d’engager 100 000 jeunes. Cette proposition a vraiment le mérite d’exister et de reposer la question de la répartition du temps de travail comme choix collectif.

Néanmoins, elle est insuffisante pour faire face aux défis :

1. Engager 100000 jeunes est un grand pas en avant, mais que propose Ecolo pour le mi-temps restant ? Cela reste une situation précaire sur le marché de l’emploi comme Ecolo le dénonce par exemple pour les femmes à temps partiel.

2. Même si elle est limitée, le travailleur ainé qui réduit son temps de travail a une perte de revenus.

3. C’est une démarche volontaire et donc non garantie d’efficacité. Combien d’ainés saisiront l’opportunité volontairement ?

4. Elle n’aborde que la répartition entre deux groupes à risques (ainés et jeunes) alors que travailler 50h/semaine dans certains secteurs, à 35 ou 40 ans, ce n’est pas un emploi convenable et de qualité.

5. Le complément à son mi-temps est payé par les pouvoirs publics et donc par le contribuable sans impacter la répartition des richesses au sein des entreprises.

Ce n’est donc pas une réduction collective du temps de travail !

Il s’agit pour Ecolo de concilier vie professionnelle et vie familiale. Ecolo n’est donc pas, au sens strict, en faveur d’une réduction collective du temps de travail comme le proposent les Jeunes CSC. Selon nous, sans amélioration de la part des revenus du travail par rapport à ceux du capital, nous ne pouvons pas financer cette meilleure répartition de travail disponible.

Néanmoins, Ecolo rompt avec l’analyse des partis traditionnels sur le marché de l’emploi et pose une ambition pour la jeunesse. Autre particularité, Ecolo propose le remboursement des aides publiques à l’emploi pour les entreprises qui licencient alors qu’elles ne sont pas en difficulté financière. Au niveau fiscalité, via la suppression des intérêts notionnels et l’impôt sur les grosses fortunes, leur programme oeuvre pour une plus grande justice fiscale permettant ainsi une sécurité sociale forte.

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