Jeunes et corona: la gueule de bois!

Jeunes et corona: stop à la gueule de bois!
 

Lors de la première vague, les jeunes ont été particulièrement frappé·e·s par les conséquences économiques et sociales de la crise sanitaire. Dans beaucoup de pays, et la Belgique ne fait pas exception, ce sont les jeunes qui ont été les premières victimes de pertes d’emplois et de pertes de revenus. L’augmentation du nombre de jeunes au chômage en 2020 montre l’étendue de la crise sociale qui touche les 18–25 ans. Devant ce constat, nous attendions de la coalition Vivaldi qu’elle prenne des mesures fortes dans l’intérêt des jeunes pour préserver leur santé, leurs revenus, leurs emplois et leurs conditions de travail. Aujourd’hui, alors que la deuxième vague menace de submerger nos hôpitaux et que nos gouvernement semblent toujours aussi impréparés pour nous protéger, nous sommes très inquiet·e·s pour la santé et la sécurité financière des travailleurs et travailleuses et particulièrement des jeunes. Il est encore temps d’agir pour ne pas reproduire les erreurs de la première vague et se prémunir collectivement d’une troisième.

1. Deuxième vague… la faillite de nos politiques

Six mois après la première vague nous voilà revenu·e·s… à la case départ, voire pire… au bord d’un nouveau confinement généralisé. La colère monte et elle est légitime. Cette situation, n’est pas uniquement le résultat d’une «mauvaise application des mesures au niveau individuel» comme on l’entend parfois. C’est d’abord un échec politique dans la gestion de la crise sanitaire. Le 12 juin le GEES (groupe d’experts en charge de la stratégie de déconfinement) avertissait déjà les autorités: «La gestion de la deuxième vague est encore dans une phase très conceptuelle et nécessite une accélération urgente, en allouant des ressources et des budgets, en détaillant les responsabilités et les protocoles. Un plan d’action doit être développé pour déterminer les mesures en cas de deuxième vague». En septembre, il n’y avait toujours pas de moyens dégagés pour les soins de santé et les maisons de repos, il n’y avait toujours pas de renforcement structurel de la première ligne, la stratégie «tester/tracer/isoler» n’était toujours pas au point. Et encore aujourd’hui, nos dirigeant·e·s politiques semblent tout faire pour que l’économie continue de tourner au mépris de la santé des travailleurs. Alors que nos libertés individuelles et collectives sont fortement restreintes, les lieux de travail ne semblent toujours pas être considérés comme des foyers importants de contamination et trop peu de mesures sont prises pour protéger notre santé au travail. Pourtant, comme l’école, le cinéma, les cafés et les théâtres, l’entreprise aussi est un lieu où nous côtoyons d’autres personnes.

2. Nous voulons des moyens financiers!

Lors de la première vague, en mars 2020, les travailleurs et parmi eux les jeunes travailleurs ont été exemplaires, autant par leur engagement professionnel que par le respect des consignes de distanciations physique et par la solidarité témoignées pour palier au manquement du gouvernement: récolte de colis alimentaires, récolte de fonds, confection de centaines de milliers de masques, soutien au personnel soignant, soutien aux personnes âgés. Nous avons pris notre sort en main, nous sommes les héros de cette crise.

Nous avons pris notre sort en main car nous n’avons pas pu compter sur nos dirigeants. S’ils se sont rapidement octroyés des pouvoirs spéciaux et ont empêché la population de circuler librement, ils ont été beaucoup plus frileux à fermer un certain nombre de secteurs non-essentiels ou à sanctionner les entreprises ne respectant pas les mesures, à fournir des moyens et du matériel à nos hôpitaux, à réaliser des tests de masse dans les maisons de repos et à venir en aide au personnel du secteur, à développer une stratégie de déconfinement basée sur le dépistage et le traçage. Ils ont aussi été très timides pour débloquer des budgets afin de garantir le revenu des travailleurs, le financement des soins de santé et de la sécurité sociale. Laissant la population en mode survie.

Avec la deuxième vague, les jeunes travailleurs et travailleuses continueront d’être responsables et solidaires mais il est temps que les autorités politiques prennent leurs responsabilités pour préserver à la fois la santé ET les revenus des travailleurs et travailleuses en ce compris les jeunes.

Les Jeunes CSC appellent les gouvernements à prendre des mesures fortes de solidarité pour ne pas répéter les erreurs de mars et avril.

3. La crise sanitaire aggrave encore la précarisation des jeunes au travail

Comme l’économiste Philipe Defeyt le soulignait récemment, les jeunes travailleurs sont particulièrement vulnérables aux conséquences économiques et sociales de la crise sanitaire.

Déjà avant la crise, le taux de chômage des 15 à 24 ans s’élèvait à 12% alors que la moyenne nationale s’élève à 7%. Dans cette jeunesse sans emploi, 36% ne perçoivent pas d’allocation chômage et seulement 6,7% de ces derniers perçoivent de l’assistance et de l’aide publique. Or selon Actiris, le Forem et le VDAB, le chômage des jeunes a encore bondi de 10% en Wallonie, de 9% en Flandre et 17% à Bruxelles entre juillet 2019 et juillet 2020 suite à des licenciements, des faillites et le non-renouvellement des contrats précaires occupés en majorité par des jeunes. Que propose le gouvernement pour que tous ces jeunes privé·e·s d’emploi ne basculent pas dans la précarité à cause du coronavirus?

Déjà avant le virus, les jeunes qui arrivaient malgré tout à accéder au marché de l’emploi étaient largement surreprésentés dans des contrats de travail précaires. Les jeunes occupent actuellement un peu moins de 50% des emplois CDD et 70% des emplois intérimaires sont occupés par des jeunes de moins de 35 ans. Or, avec la crise sanitaire beaucoup de jeunes intérimaires et de jeunes en CDD voient leur contrat s’interrompre et se retrouvent sans revenus. Depuis mars, la CSC se bat pour que les intérimaires ait droit au chômage temporaire sans réel soutien du gouvernement. Que fait le gouvernement pour garantir l’accès des intérimaires et des jeunes en CDD à la sécurité sociale afin de préserver leur revenu?

N’oublions pas non plus les jobistes qui participent de plus en plus à l’emploi de notre pays. Environ la moitié des étudiants de Belgique effectuent un job durant l’année, ce qui équivaut à 66.500 emplois salariés. Or avec la fermeture de l’Horeca, de la culture et de l’évènementiel, les jobistes sont soudainement privé·e·s de revenus. Selon les statistiques de l’ONSS chaque jobiste empêché·e de travailler perd en moyenne 250 euros par mois dans cette crise. Plusieurs enquêtes du Comité des Élèves Francophones (CEF) et de la Fédération des Étudiants Francophones (FEF) révèlent que 1 jobiste sur 4 dépend de son travail pour subvenir à ses besoins vitaux et payer ses études. Or, les jobistes ayant perdu leur emploi n’ont actuellement pas accès à la sécurité sociale pour un revenu de remplacement. Quelles mesures vont être prises par nos gouvernements pour garantir les revenus des jobistes?

Depuis des années, les politiques d’emploi et le blocage salarial ont relégué une majorité de jeunes vers des contrats précaires et appauvri les familles et les étudiants. La crise actuelle aggrave encore les inégalités et met en évidence la faillite de notre système, incapable de subvenir aux besoins de sa propre jeunesse.

4. Le tabou belge: «Le virus s’arrête aux portes de l’entreprise»

Le 30 avril dernier, le patron des grands patrons Pieter Timmermans déclarait: «L’endroit où vous travaillez est peut-être le lieu le plus sûr pour ne pas être contaminé». Comme un mantra, il répétait encore le 14 octobre: «Les informations qui me reviennent, c’est que pour l’instant les consignes sont respectées au sein des entreprises». On est en droit de se demander dans quelle bulle vit Pieter Timmermans car dans la vraie vie le virus ne s’arrête pas aux portes des entreprises, loin de là…

Lors de la première vague plus de la moitié des entreprises contrôlées (3223 entreprises) ne respectaient pas les mesures sanitaires et s’en sont sorties avec un simple avertissement. De plus, un rapport français a montré récemment que les premiers lieux propices à la circulation du virus sont les entreprises privées et publiques qui représentent 25 % des foyers de contamination et l’enseignement scolaire et universitaire avec 20%.

En Belgique, les gouvernements n’ont pas trouvé utiles de récolter des données sur les foyers de contamination… mais de nombreux témoignages de jeunes travailleur·se·s nous sont revenus suite à un sondage lancé par notre organisation cette semaine. Un intérimaire nous a livré «Mon entreprise ne nous met pas toujours au courant de la raison de l'absence d'un collègue... on l'apprend par le collègue lui-même. Il n'y a aucune mesure face à cette crise sanitaire. Jusqu'à la semaine dernière... nous mangions encore tous ensemble dans notre petite cantine... je suis le mouvement car j’ai peur de perdre mon boulot».

Même constat pour cette travailleuse du commerce: «J’ai des contacts avec les collègues et avec la clientèle qui dépasse le nombre habituel. Les cas COVID sont passés sous silence. Peu de mesures sont mises en place et uniquement en fonction de la bonne volonté du patron. Nous subissons aussi des pressions pour éviter les maladies de longue durées et j'en passe...»

Mais aussi pour les ouvriers: «Je travaille en tant qu'ouvrier du bâtiment dans une grande chaîne de magasin d'alimentation. Je suis donc toute la journée et tous les jours plus ou moins exposés aux clients, qui ne se gênent pas de me bousculer si je suis dans leur chemin. Nous avons deux magasiniers et les deux ont été testés positifs. Ils ont également et malheureusement été en contact avec une grande majorité des travailleurs»

Plus largement, notre sondage montre que plus de 50% des répondant·e·s ont eu des contacts à risque avec des collègues dans leur entreprise et 3 sur 4 pensent que leur lieu de travail est un foyer de contamination.

Nous ne ferons pas reculer le virus en niant la propagation dans les entreprises. Au contraire, nous devons faire respecter strictement les mesures sanitaires en entreprise en donnant plus de moyens à l’inspection du bien-être au travail et en sanctionnant en cas de non-respect aussi durement que les citoyens sont sanctionnés pour le non-respect des gestes barrières. Mais ça ne suffit pas. Les travailleurs ne devraient pas avoir à choisir entre leur santé et donner à manger à leur famille. Le chômage temporaire doit être relevé à 100% du salaire et nous devons rendre la sécurité sociale accessible pour tous les contrats précaires (jobistes, intérimaires, CDD, etc.) en majorité occupé par des jeunes.

Si nous voulons lutter efficacement contre le virus, nous devons garantir une sécurité de revenu à l’ensemble des travailleurs et travailleuses, jeunes compris. C’est la seule solution pour que personne n’ait à choisir entre manger et protéger sa santé et celle des autres.

5. La seule solution: protéger la santé des travailleurs ET garantir leur revenu

Avec la deuxième vague de coronavirus et les mesures de restrictions, l’avenir de tous ces jeunes est mis en péril et des mesures urgentes doivent être prises pour qu’ils puissent travailler en toute sécurité et accéder à la sécurité sociale en cas de besoin. Pour que les jeunes travailleurs n’ait pas à choisir entre mettre leur santé, celle de leur collègue et de leur proche en:

1. L’application, dans les entreprises, de mesures de sécurité sanitaire contraignantes assorties de sanctions en cas de non-respect :

- En fournissant des masques en suffisance à tous les travailleurs sur leur lieu de travail.
- En désinfectant les postes de travail
- En organisant des tests pour les travailleurs avec un focus particulier sur les secteurs de l’aide à la personne, de la distribution alimentaire et de l’industrie manufacturière

2. L’augmentation des moyens et du personnel de l’inspection du bien-être au travail

3. L’accès automatique au chômage temporaire des intérimaires, des contrats CDD et des jobistes étudiants

4. La préservation maximale du revenu des travailleurs lorsqu’ils basculent en chômage temporaire

5. Le déblocage immédiat du budget de 1,2 milliards d’€ prévu pour refinancer le secteur des soins de santé

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