Position des Jeunes CSC sur le projet de service citoyen

Après avoir effectué un travail exigeant d’éducation permanente auprès des militants des Jeunes CSC, nous avons décidé de ne pas soutenir le projet de service citoyen tel que proposé dans la note, et de ne pas rejoindre la plate-forme.

Bien qu’animé des meilleures intentions du monde, la plate-forme du service citoyen ne prend pas en compte une série de facteurs potentiellement néfastes pour les jeunes et pour le secteur du volontariat.

Quel est le public visé par ce projet ? Organisé pour les jeunes de 18 à 25 ans sur base volontaire, le service citoyen entend « favoriser leur développement personnel ainsi que leur intégration dans la société en tant que citoyens actifs, critiques et responsables. »

  1. Comme c’est sur une base volontaire, nous pensons que ce service civil va attirer essentiellement des jeunes socio-économiquement et culturellement plus favorisé. En effet, il y a peu de chances de voir des jeunes « précaires » s’impliquer volontairement dans ce type de projet. Ou alors pour de mauvaises raisons : échapper aux contrôles de l’ONEM, recevoir une indemnité… Ces objectifs sont très éloignés de ceux présentés au départ.
  2. Le service civil ou citoyen va aussi affaiblir le volontariat existant. Pourquoi les jeunes iraient-ils s’impliquer dans des mouvements de jeunesse existants, s’ils peuvent être payé pour le faire dans le cadre du service civil ? A partir du moment où on est payé, est-ce encore du volontariat ? De plus, l’engagement volontaire se faitdans la durée et la progression. Lorsque que le contrat a une durée limitée, l’investissement et la prise de responsabilité – au cœur de notre vision de l’engagement – s’en trouvent, eux aussi,limités.

  3. Le service civil contribue à l’éclatement et à la dualisation du marché du travail. Il risque fortement de rentrer en concurrence avec des emplois salariés. Il contribue également à faire le deuil d’un travail normal pour tous les jeunes. La philosophie sous-jacente d’un tel projet est : « plutôt que de glander et de se tourner les pouces pendant le stage d’attente, occupons intelligemment ces jeunes (fainéants) ». Les jeunes CSC se positionnent fortement contre cette idée de l’occupationnel et réaffirment le droit de chacun à trouver sa voie via un véritable contrat de travail.

  4. La formule préconisée par la plate-forme pourrait entraîner une triple concurrence. Premio, une concurrence entre les associations qui utilisent des « jeunes volontaires rémunérés » au détriment d’associations qui n’en utiliseraient pas. Deuxio, une concurrence à l’intérieur des organismes accueillants, entre volontaires classiques et volontaires rémunérés. Tertio, une concurrence avec des travailleurs existants, ce qui pourrait freiner l’embauche de nouveaux travailleurs. Comme on le voit, la proposition s’inscrit clairement dans une logique marchande qui va à l’encontre des principes et du fonctionnement du volontariat en Belgique.

  5. Quel encadrement pour ces jeunes qui vont débarquer dans des services publics, des ONG, des ASBL ? Y aura-t-il des personnes formées qui pourront les encadrer véritablement et leur transmettre des savoirs ou des savoir-faire ? N’y a-t-il pas des structures existantes expérimentées dans ce domaine ? Ne faudrait-il pas plutôt mettre en avant le travail fourni par les mouvements d’éducation permanente, les mouvements de jeunesse etc ?

  6. Vu l’unanimisme politique du projet, nous craignons aussi que les arbitrages et les compromis nécessaires vont faire glisser ce beau projet vers une activation de la recherche d’emploi, remettant en avant la vision de l’Etat Social Actif, une vision culpabilisante du jeune. Il est certain qu’en cas de non-respect du contrat, les sanctions porteront sur le droit aux allocations d’attente, voire aux allocations de chômage. Le manque d’emploi est une responsabilité collective, pas individuelle !

  7. Enfin, il nous semble que les sommes allouées à un tel projet vont coûter très cher à la collectivité. Il est plus opportun de l’investir directement dans des structures existantes, compétentes et expertes dans leur domaine. Les expériences de volontariat existent déjà et l’offre est abondante ; les autorités publiques seraient plus avisées de mettre en avant et de promouvoir ces possibilités plutôt que de réinventer la roue.

Pour ces quelques raisons, il ne nous semble pas opportun de développer un service citoyen. L’enfer est pavé de bonnes intentions…

Pour les Jeunes CSC, Pierre LEDECQ - Permanent National

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