Petite Carotte et Gros Bâtons

Nous vivons une époque formidable ! Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, les jeunes générations pensent qu’elles auront une vie moins facile que leurs aînés. Par contre, certains préjugés  restent valables tout au long de l’histoire des Hommes : c’est une lapalissade de dire que les jeunes générations sont plus fainéantes que la génération précédente, forcément plus responsable et motivée. De l’Egypte ancienne à Hugo, en passant par Platon : les jeunes sont toujours perçus comme de plus en plus fainéants, violents, voire irresponsables. Cet adage est sans cesse remis sur le devant de la scène, de manière plus ou moins insidieuse.

Bien sûr il est de bon ton dans certains cénacles politiques de reconnaître les qualités de la jeunesse actuelle : la société forme des CRACS[1], les politiques de jeunesse consultent les jeunes, tous les jeunes (la bonne blague) ; la jeunesse, c’est l’avenir (et autres formules toutes faites). Toutefois, ces belles intentions et autres déclarations d’amour, tenues au sein des mêmes cénacles, ne sont pas vérifiées dans les actes et dans les politiques menées.

Les mesures d’austérité (appelez-les comme vous voulez: rigueur douce, austérité nécessaire, assainissement indispensable…) adoptées par le dernier gouvernement ont visé symboliquement les plus faibles, suspectés de glander, à savoir les jeunes, et plus particulièrement les jeunes chômeurs.

La carotte de l’emploi (ou ce qu’il en reste)

Pour rappel, le stage d’attente est renommé stage d’insertion, et rien que cette modification va agir sur les cerveaux hébétés. En effet, par un coup de baguette sémantique, les jeunes ne vont plus « attendre » pendant le stage mais «  s’insérer ». Ah il fallait y penser ! On construit de solides politiques de création d’emploi pour les jeunes ici ! ça ne rigole pas ! 

L’allongement du stage d’attente va rapporter des cacahouètes à l’équilibre des finances publiques[2] ; mais dans une certaine opinion publique, l’activation des jeunes est le meilleur moyen de résoudre le problème du chômage. Pendant qu’on reporte la responsabilité collective du manque d’emploi sur la responsabilité individuelle et exclusive du jeune, on oublie toujours une petite réalité statistique : en Wallonie, il y a actuellement 1 offre d’emploi proposée pour 30 demandeurs d’emploi (au minimum)[3].

Le moins que l’on puisse dire c’est que la carotte de l’emploi est toute petite !

Les gros bâtons de l’activation

La conditionnalité des droits aux allocations d’insertion est renforcée ad maxima : un entretien le premier mois et tous les 4 mois pendant le stage d’insertion. Les allocations ne sont versées qu’à partir de trois évaluations positives consécutives. La notion d’emploi convenable a perdu encore un peu plus de son sens aussi. Désormais, après trois mois de recherche d’emploi, le jeune va être obligé d’accepter un boulot qui ne correspond ni à ses compétences, ni à son diplôme éventuel, (ne parlons pas de ses aspirations ou de son projet professionnel) à une distance de son domicile qui est passée insidieusement de 25km à 60km, peu importe qu’il mette 5 heures par jour dans les transports… C’est ça ou le CPAS, la débrouille, la dépendance familiale…

L’ accompagnement de recherche d’emploi, si on ne sait pas encore exactement comment il va être mis en œuvre (alors qu’il est déjà d’application pour les jeunes en stage d’attente/ d’insertion), sera probablement réduit à sa portion congrue. La charge de travail que cela implique pour les services publics de l’emploi n’a pas été évaluée. Il y a fort à parier que l’accompagnement individualisé du demandeur d’emploi, et l’analyse de son parcours d’insertion, consistera à un contrôle bête et méchant des preuves de recherche d’emploi. Ce sont les gros bâtons du titre !

Le rallongement du stage d’insertion a donc une fonction davantage symbolique qu’instrumentale. Peu d’argent économisé, pas de création d’emploi, mais un « coup de pied au cul » de la jeunesse d’aujourd’hui, qui est, comme tout le monde le sait, fainéante, démotivée et oisive. Tout se passe comme si la nouvelle génération devait porter sur ses épaules la responsabilité du chômage structurel, et jusqu’à un certain point les mesures d’austérité. Le gouvernement actuel construit une société qui exclut les jeunes du monde économique et social.

Une société construite par et pour les vieux ?

Notre continent " est dirigé par des vieux et mène des politiques quasiment exclusivement pour et en en faveur des vieux" . "Je ne veux pas rentrer dans le jeunisme et la caricature : je sais bien qu’il y a des jeunes cons et des vieux formidables. Mais le fait de taxer beaucoup plus le travail que le capital est quelque chose qu’il faut absolument renverser." La BCE, en maintenant des taux d’intérêts réels élevés est, selon M. Pigasse[4], " la meilleure amie des vieux et l’ennemie des jeunes" . "Les personnes âgées sont plutôt prêteuses, car elles ont accumulé du capital, là où les jeunes sont plutôt emprunteurs." "Il faut casser les murs, privilégier le risque contre la rente qui représente l’immobilisme, le conservatisme et la transmission des privilèges."

Ce que cet économiste dit est vrai mais est encore assez optimiste. Lorsqu’il dit que les jeunes sont davantage emprunteurs, tous les jeunes n’y ont pas accès. Les contrats précaires, l’absence d’allocations d’insertion, la dépendance familiale n’offrent quasi aucune opportunité de se lancer dans l’indépendance et l’autonomie financière. Il y a une injonction doublement contradictoire : d’un côté on serine aux jeunes qu’ils doivent se responsabiliser, trouver leur projet professionnel, être formaté au marché du travail ; d’un autre, on rabote les moyens d’autonomisation, on ne donne aucune possibilité de s’épanouir, de trouver sa voie.  Quand on veut, on peut, n’est-ce-pas ?

Nous ne sommes pas des ânes !

La réalité c’est que les mesures menées vont encore creuser les inégalités sociales. Les jeunes sont au bout du rouleau compresseur de l’austérité. Ça valait bien la peine d’attendre 500 jours, et d’avoir un premier ministre et une ministre de l’emploi socialiste !

Au prochain épisode, nous vous présenterons quelques mesures qui favorisent l’insertion durable des jeunes sur le marché de l’emploi. Ces mesures sont d’origine strictement syndicale  et garanties non gouvernementales ! Mais l’espoir fait vivre… peut-être qu’un jour, les autorités penseront davantage à leurs enfants qu’à leur capital…

D’ici là, je vais aller me cryogéniser au Groenland. Réveillez-moi dans 100 ans, si la glace n’a pas fondu d’ici là !

 

Pierre Ledecq - Permanent National Jeunes CSC

 

[1] Citoyens Responsables Actifs Critiques et Solidaires ; définition adoptée dans les missions des décrets jeunesse.

[2] X millions par rapport au 13 milliards

[3] Chiffres 2011 du Forem et Actiris.

[4] Mathieu Pigasse, économiste français, patron de la banque Lazard. Propos recueillis par la Libre Belgique du 30/03/12.

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