Carte Blanche des Jeunes CSC Luxembourg

En province de Luxembourg, c’est un jeune sur deux qui n’ouvrira jamais son droit aux allocations d’insertion.

Après la mesure de limitation dans le temps des allocations d’insertion, décidée en son temps par le gouvernement Di Rupo, l’accès aux allocations d’insertion a été rendu encore plus difficile par les mesures du gouvernement Michel.

Pour avoir droit à des allocations d’insertion pendant trois ans (1), le jeune doit maintenant remplir des conditions d’accès plus strictes : il lui faut un diplôme équivalent au CESS (s’il n’a pas 21 ans) et il doit ouvrir son droit avant l’âge de 25 ans.

Une mesure discriminatoire puisque le jeune n’aura pas droit à ce type d’allocations s’il rate une année scolaire et a suivi des études universitaires.

La condition de diplôme

Concernant cette nouvelle condition, le gouvernement actuel défend celle-ci, argumentant qu’un jeune disposant d’un diplôme a plus de facilité d’accéder à l’emploi. Il s’agirait donc de valoriser plus facilement un jeune qui termine ses études. Effectivement, les meilleurs taux d’insertion à 6 mois sont le bac (75 %), l’apprentissage (61 %), le master (59 %). Cependant, cela signifie qu’un jeune sur quatre qui a le bac, et quatre jeunes apprentis ou universitaires sur dix ne trouvent pas d’emploi après 6 mois !

Le décrochage scolaire n’est généralement pas une volonté de la part du jeune, et l’obligation de diplôme pour ouvrir un droit aux allocations d’insertion ne fera pas diminuer les chiffres du décrochage scolaire. Cela peut signifier une difficulté à suivre l’enseignement traditionnel. Cumulée à celle de trouver un emploi avec un faible diplôme et au non droit aux allocations avant 21 ans, cela précarise les familles.

C'est un système méritocratique qui se met en place : un jeune avec plus de facilité pour réussir se fera plus facilement suivre et aider, pendant que le jeune avec plus de difficultés devra redoubler d'effort, seul, pour montrer que lui aussi, a assez de mérite pour être aidé …

Un jeune qui n’aura pas droit à des allocations d’insertion avant ses 21 ans car il n’a pas le diplôme escompté, se verra contrôler dans sa recherche d’emploi, tel un autre jeune qui lui aura le diplôme ou l’âge et qui pourra ouvrir son droit directement après son stage d’insertion, est-ce normal ?

La limite d’âge à 25 ans

Chez les jeunes qui terminent avec un diplôme, tout n'est pas rose non plus : 50% des jeunes terminent leurs études en ayant raté au minimum une année, entre les primaires et les études universitaires. Un universitaire ayant raté une seule année ne pourra donc pas prétendre aux allocations d’insertion (sauf s’il est né entre le 08/08 et le 31/12).

Cette condition d’âge est donc décourageante pour le jeune, cela laisse passer le message qu’il devra choisir entre la protection sociale ou les études plus ou moins longues qu’il souhaite. N’est-ce pas schizophrénique pour un jeune de devoir penser qu’il doit avoir un diplôme pour ouvrir son droit, mais qu’il ne doit pas avoir un trop gros diplôme pour ouvrir son droit également ?

La condition de diplôme prétend qu’avoir un diplôme est un atout dans la recherche d’emploi pendant que de l’autre côté, on sanctionne un jeune d’avoir raté une année en ne lui ouvrant pas de droit aux allocations … Il n’y a dès lors plus de possibilité de réorientation ou d’erreur de parcours possible.

Etant donné que la moitié de nos jeunes doubleront au moins une fois durant le parcours scolaire, il n’est donc pas possible de parler d’une minorité des jeunes, pour qui, malheureusement, la réglementation est mal faite. Il ne s’agit pas d’exception confirmant la règle, mais bien d’une majorité de jeunes pour qui la solidarité de la sécurité sociale n’ouvrira pas ses portes et qui, dans les meilleures situations, profiteront uniquement de la solidarité familiale. Sur les 2400 jeunes s'étant inscrits au Forem dans notre province à la sortie de leurs études en 2015, 1100 avaient au minimum 24 ans et n'ont jamais pu prétendre aux allocations d'insertion. De plus, il a été remarqué par le Forem d’Arlon en 2016 que de moins en moins de jeunes de plus de 24 ans s’inscrivent comme demandeurs d’emploi.

Pour les autres ? Avec un peu de chance, ils pousseront les portes du CPAS de leur commune, sinon, ils disparaîtront purement et simplement des statistiques de la population. Ils ne seront nulle part, ne toucheront de nulle part et survivront comme ils le peuvent. La Belgique crée la forêt de Sherwood, et elle s’agrandit d’année en année.

Ces jeunes, exclus du système de la sécurité sociale ou ne pouvant pas y entrer, ne sont pas une priorité pour le FOREm. Pour un rien (maladie, changement de domicile avec non réinscription, …), ils peuvent se retrouver radiés des données du Forem. Rien ne les oblige à rester inscrits et donc accompagnés par cette institution. De plus, avec les moyens qu’il a, le Forem se concentre d’abord sur les moins diplômés, ensuite sur ceux qui entreront dans le contrôle de la recherche d’emploi.

Encore une fois, ce sont les plus faibles qui sont les moins aidés. La logique des choses ne voudrait-elle pas que l’on accompagne plus facilement un jeune en difficultés qu’un autre ? ou du moins, que tous ces jeunes soient accompagnés de la même manière ?

Des allocations d’insertion limitées à 3 ans

Le taux d’insertion des jeunes wallons 6 mois après leur inscription au Forem est de 56,9%, et que « c’est auprès des demandeurs d’emploi inoccupés âgés de 21 à 24 ans que le taux de sortie à l’emploi est le plus élevé (56 % contre respectivement 51 % pour 25 à 29 ans et 49 % chez les moins de 21 ans) (2)

Sachant également que « la part du travail temporaire dans l’emploi salarié est particulièrement importante chez les jeunes de 15 à 24 ans (44 %), que ce soit via un contrat à durée déterminée (21 % alors qu’elle est de 6 % chez les 15 ans et plus), via un contrat d’intérimaire (7 % versus 2 % chez les 15 ans et plus) ou via un autre type de contrat (16 % versus 3 % chez les 15 ans et plus) » (3)

Autrement dit, l’accès aux allocations d’insertion étant difficile pour une grande partie des jeunes, et quand on y a droit, celles-ci sont limitées dans le temps, ce qui fait que le jeune n’a plus de filet de sécurité entre ses contrats temporaires. Cela augmente la précarité de ces jeunes et de leurs familles.

Est-ce cela que nous voulons pour les jeunes d’aujourd’hui et de demain ? Ne serait-ce pas notre rôle et celui de l’Etat que de les accompagner pour leur permettre de s’insérer sur le marché de l’emploi, dans notre société ?

Il est urgent de proposer de réelles mesures d’aide vers l’emploi chez les jeunes et de diminuer réellement le taux de chômage des jeunes, la mesure actuelle ne fait que de retirer le jeune des statistiques. Le sempiternel discours « le chômage diminue », que nous entendons depuis le 2015, n’est donc qu’une fausse vérité. Il faudrait plus de transparence :

  • Combien d’exclusions chômage suite à la limitation dans le temps ?
  • Combien de jeunes en fin d’études n’ouvriront pas leurs droits aux allocations ?
  • Sur ce nombre, combien trouvent un emploi stable (et encore faut-il nous entendre sur la définition du mot « stable ») dans l’année ?
  • Combien iront demander un Revenu d’Intégration Sociale ?
  • Combien seront à charge de leurs familles ?
  • Combien ne se retrouveront plus nulle part ?

C’est une fois que nous aurons tous ces chiffres que nous pourrons clairement nous rendre compte de l’étendue des mesures prises par les gouvernements précédent et actuel.

Emilie Verhoeven

Permanente régionale Jeunes CSC

Rue Pietro Ferrero,1

6700 Arlon

063/24.47.37 – 0473/52.97.11

e.verhoeven@acv-csc.be

Bruno Antoine

Secrétaire fédéral CSC Luxembourg

Rue Pietro Ferrero,1

6700 Arlon

063/24.20.30 – 0478/59.93.73

b.antoine@acv-csc.be

 

(1) Sauf exceptions

(2) Les jeunes wallons et le marché de l’emploi – Juillet 2016 – Forem

(3) SPF-Economie / Direction générale Statistiques – Enquêtes sur les Forces de Travail, moyenne annuelle 2015

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