Retour sur le premier Green Trip de l'année :"après les attentats on fait quoi?"

En ce début d’année 2016, les Jeunes CSC se sont penchés sur le thème de la radicalisation, thème aujourd’hui tristement d’actualité suite aux attentats de Paris. Après ces attentats que pouvons-nous faire? Le multiculturalisme a-t-il échoué? Que fait-on des personnes revenues de Syrie? Ce sont là des questions auxquelles les Jeunes CSC ont tenté de répondre.

Beaucoup l’ont constaté quelques jours après les attentats de Paris: des flots de messages de haine et d’indignation se sont déchaînés sur les réseaux sociaux. Le gouvernement belge a dépêché un budget de 400 millions pour renforcer la «sécurité du pays», les militaires sont apparus dans les rues, le niveau de menace terroriste s’est élevé à quatre en Région bruxelloise… Et, au niveau européen, les politiques parlent de fermer les frontières ou de renforcer le contrôle des jeunes. Justifiées ou non, ces mesures nous rappellent que l’émotion collective ne doit pas prendre le pas sur la réflexion constructive et citoyenne. C’est là l’objectif que se sont donnés les Jeunes CSC par le biais de ce nouveau «Green trip» du 30 janvier: une journée de réflexion et de rencontre intitulée «Après les attentats, on fait quoi?»

Djihad

Cette journée a d’abord été l’occasion pour les jeunes de découvrir la pièce «Djihad» d’Ismaël Saidi, réalisateur et comédien bruxellois d’origine marocaine. Mêlant habilement la comédie et la tragédie, elle relate l’aventure de trois jeunes Bruxellois radicalisés et crédules qui décident de partir effectuer leur guerre sainte en Syrie. La pièce entend répondre aux propos de Marine Le Pen, présidente du Front national (français). Interrogée en 2014, cette dernière avait choqué Ismaël en décrétant que ce n’était pas un problème que les jeunes partent en Syrie pour autant qu’ils ne reviennent pas. «Comme artiste, j’ai voulu répondre à la vraie question: pourquoi ils partent?» Très vite, il rédige sa pièce en s’inspirant de sa vie, de la vie de son quartier schaerbeekois et de faits réels partagés avec plusieurs de ses amis proches. Utilisant l’humour pour adoucir le sujet, la pièce joue sur l’humanité des personnages et la raison. «Les notions de comédie et de drame sont très liées, le fil qui les sépare est très mince», explique-t-il. Très vite, la salle est prise dans un véritable ascenseur émotionnel, où le rire et le malaise se succèdent régulièrement. Ben, Reda, Ismaël, les trois personnages de la pièce, vont peu à peu se révéler en racontant leur histoire, la vraie raison qui les a amenés en Syrie. Un lien d’empathie se tisse rapidement entre les personnages et le public, ce qui permet à ce dernier de percevoir les jeunes djihadistes sous un nouvel angle. «Non, ce ne sont pas des monstres». L’auteur ne cautionne cependant en aucun cas les actions et la cause des djihadistes et les condamne. Il entend toutefois rappeler qu’il s’agit d’êtres humains. «Parmi les causes de radicalisation, il y a des facteurs internes aux communautés d’origine. Certains de mes personnages sont brisés par leur propre entourage, leur propre famille, leur propre mère», confie Ismaël. Aux yeux du comédien-réalisateur, le problème est davantage une affaire de marginalisation que de radicalisation.

L’exclusion sociale, facteur de violence

L’exclusion sociale est-elle facteur de terrorisme? Pour Ludovic Voet, responsable national des Jeunes CSC, «c’est en tout cas un facteur de violence». Lors du débat, de nombreuses réflexions portent sur l’origine de cette radicalisation, sur le rôle de notre pays dans le départ des combattants et leur éventuelle réinsertion. Il en émane une volonté de ne pas tomber dans des dérives sécuritaires et racistes que prônent certains. Le processus d’exclusion contribue à radicaliser les jeunes en perte de repères. Trop peu d’initiatives sont mises en place pour les guider et les empêcher de se perdre.

Les Jeunes CSC militent pour défendre solidairement les jeunes et leur place dans la société, l’école et le travail. De meilleures conditions sociales, une meilleure prise en charge des jeunes sont primordiales pour atténuer la violence. Mais il faut aussi combattre l’ignorance et les préjugés. «Quand on voit un musulman avec deux armes et un Coran, on dit que c'est un terroriste. Lorsque qu’on voit un blanc avec deux armes et une Bible, on dit que c’est un supporter de Donald Trump», plaisante Ludovic Voet.

Que faire des combattants revenus de Syrie?

Tout au long de la journée, deux interrogations majeures ont donné le ton aux débats. Que faire pour empêcher des jeunes de partir pour combattre en Syrie? Et que faire d’eux lorsqu’ils reviennent? La Belgique est à ce jour le troisième pays européen comportant le plus grand nombre de ressortissants djihadistes. En réponse aux attentats, le gouvernement n’a pris que des mesures sécuritaires à court terme. Le Danemark par exemple essaye autre chose. Du nom d’une ville danoise, la méthode Aarhus est en réalité un programme d’accompagnement et d’aide à la réintégration des musulmans partis combattre au Moyen-Orient. Le but de ce programme de réhabilitation est de les aider à se réinsérer dans la société tout en gardant leur identité religieuse. Après la présentation, beaucoup de jeunes déploraient le fait qu’un tel programme n’ait pas encore été mis en place en Belgique. «La lutte contre le terrorisme implique de prendre des dispositions adaptées. Or, certaines mesures prises par notre gouvernement touchent tout le monde», reproche Johanna Mulumba, permanente nationale des Jeunes CSC.

Un problème de société

Les langues se délient. Divers ateliers thématiques liés à la radicalisation sont l’occasion de réfléchir ensemble, de donner son point de vue tout en s’enrichissant de ceux des autres. Les participants reconnaissent finalement que tout cela est davantage un problème de société que de religion.

De ces divers échanges ressort l’idée d’investir en priorité dans l’éducation et la culture qui, à long terme, fera plus d’effet que le sécuritaire. Et d’ouvrir des espaces créatifs et des lieux d’échanges et de réflexion. Si cette journée n’avait pas la prétention d’apporter la panacée aux problèmes de radicalisation, elle a été l’occasion de mettre en avant les facteurs sur lesquels il est possible d’agir. «Ce genre d’espace d’échange est important pour qu’on puisse discuter ensemble des mesures que l’on pourrait prendre au quotidien, plutôt que de laisser le gouvernement appliquer ses décisions sans nous consulter», estime Johanna Mulumba. Il est important aussi de recréer une culture du débat pour amener les jeunes à se sentir concernés par les enjeux de société

Article paru dans "le syndicaliste" - fév2016

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